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Fière et ouverte aux quatre vents, Marseille la populaire passe pour la plus turbulente des villes françaises. Mais elle sait aussi être sage. Sortir de la gare Saint-Charles, s’arrêter en haut de l’escalier et sentir Marseille : un air iodé un peu sucré, un brouhaha incessant, une lumière dorée et, à vos pieds, les rues qui s’élancent vers la Méditerranée. Du Vieux-Port aux calanques, de la Canebière au cours Belzunce, le caractère enflammé des Marseillais, leur fierté inégalable et un désordre revendiqué donne à la ville une ambiance survoltée. La perspective d’être Capitale européenne de la culture en 2013 a achevé de mettre Marseille en ébullition, à coup de chantiers pharaoniques.

Crème chantilly
Pourtant, une balade dans le majestueux quartier des cinq avenues – qui sont six, en réalité (Foch, Chartreux, Blancarde, Philippon, Libération, boulevard Longchamp) – offre encore cette douceur alanguie et surannée des années 1930. Au cœur d’élégants hôtels particuliers, là où le père de Marcel Pagnol enseigna, se nichent boutiques et commerces qui semblent immuables. L’occasion de se précipiter sur le péché mignon local : la chantilly (Royaume de la Chantilly, 2 rue Granoux). Non loin de là, dans un style qui n’est pas sans rappeler la fameuse crème fouettée, l’imposant palais de Longchamp rend hommage à la Durance, qui alimente la ville en eau potable depuis le XIXe siècle. Henri-Jacques Espérandieu, l’architecte de Notre-Dame de la Garde, dite la Bonne Mère, a conçu ici un magnifique château d’eau, avec ses bassins en cascade surmontés d’une allégorie de la rivière. Ses jardins paisibles et son musée d’Histoire naturelle forment une bulle dans l’agitation de la ville.
Marseille assoupie
Envie d’une pause nostalgique ? La spécialité du bar du Longchamp Palace, le tartare aux anchois, vous sera servie dans un authentique décor du siècle dernier. Un peu plus loin, une ambiance contemplative vous attend au palais des Arts, entouré de ses bouquinistes. Leur spécialité : les œuvres provençales des XIXe et XXe siècles de collectionneurs privés. Sans oublier bien sûr le quartier du Panier, dans lequel le vieux Marseille est encore assoupi. Sur le versant nord de la butte des Moulins, la cathédrale de la Major et ses étonnantes rayures néo-byzantines, et le centre de la Vieille-Charité. Construit en 1640, suite à l’édit royal sur « l’enfermement des pauvres et des mendiants », il abrite aujourd’hui le musée d’Archéologie méditerranéenne, le musée des Arts africains, océaniens, amérindiens, des expositions temporaires et une salle de cinéma, Le Miroir.
Se jeter à l’eau
On quitte ce havre de paix pour plonger immédiatement dans l’effervescence du Vieux-Port. Cœur historique et sentimental de la cité phocéenne depuis presque… deux mille six cents ans, c’est un véritable mille-feuille culturel, qui s’apprête à subir un lifting signé Norman Foster. Du médiéval fort Saint-Jean aux vestiges romains du musée des Docks, en passant par l’entrée de la Canebière, ce ne sont qu’étals de poissonniers vantant à voix haute – un euphémisme ! – la fraîcheur de leur marchandise. De l’autre côté, dominés par la Bonne Mère, l’ancienne criée au poisson reconvertie en théâtre national, le Bar de la Marine (celui de Marius, César et Fanny, la trilogie de Pagnol), et le palais du Pharo, témoignage napoléonien. En revanche, si vous pensiez vous détendre dans la sérénité d’une calanque, détrompez-vous. A moins d’aller jusqu’aux îles du Frioul (en semaine) ou sur le cap Croisette, les plages de la ville sont inévitablement prises d’assaut. Cela dit, vous pourrez toujours y grignoter des chichis frégis (beignets provençaux sucrés et parfumés à l’huile d’olive et à l’eau de fleur d’oranger) en écoutant la gouaille marseillaise. A l’heure de l’apéritif, un incontournable, remontez la Canebière et dirigez-vous vers le quartier de la Plaine et du cours Julien (« Cours Ju », pour les intimes). Les nombreuses rues piétonnes en font le terrain idéal de flâneries, entre boutiques de créateurs et marchés bio, bars survoltés et restaurants alléchants. Car c’est encore bien installé à une terrasse, à observer les alentours, que vous connaîtrez le mieux Marseille : tranquille, dans l’agitation.
Bons plans
Où dormir ?
Les Amis de Marseille (Parc Castellane, 84, rue de Lodi). Chambres d’hôtes à partir de 88 € et un studio à louer, le tout avec une vue imprenable sur Notre-Dame-de-la-Garde, une décoration exquise et un service impeccable.
Hôtel Edmond-Rostand (31, rue du Dragon). Un petit deux-étoiles au style soigné et chaleureux, en plein cœur du quartier des antiquaires. Chambre double à partir de 80 €.
Où se restaurer ?
Chez Etienne (43, rue de Lorette), dans le quartier du Panier. Pas de numéro de téléphone, pas de menu, mais des spaghettis boulettes et d’énormes pizzas, dans une ambiance 100 % marseillaise.
Au Bord de L’eau (15, rue des Arapèdes). L’éloignement du centre est compensé par la terrasse surplombant le port de la Madrague. Au menu, poisson à la plancha et pizzas. Simple mais tellement bon que la réservation est indispensable. Carte entre 18 € et 25 €.
Où sortir ?
Le Pelle-Mêle (8 rue aux Huiles). Créé en 1979 par Jean Pelle, l’homme du jazz marseillais, la minuscule scène de ce bar a accueilli les plus grands noms de la discipline. Sa programmation alterne aujourd’hui jeunes talents et artistes confirmés.
La Dame Noir (30, place Notre-Dame-du-Mont). L’endroit incontournable si l’on aime la musique électronique, avec une programmation pointue. Mojitos magiques et entrée gratuite mais… limitée certains soirs.
Sinon, faites le tour du cours Julien à la recherche de votre cadre de prédilection.
Que rapporter dans ses bagages ?
Des « navettes », petits biscuits à la fleur d’oranger (Four des Navettes, 136, rue Sainte). Une bouteille de Gambetta (sirop de figues). Du savon de la savonnerie de La Licorne (34, cours Julien). Des santons d’Arterra (10, rue du Petit-Puit). Une carafe à pastis vintage, le samedi matin aux Puces (130, chemin de la Madrague).
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